Covid-19 & rénovation énergétique

Comment la crise du Covid-19 remet sur le devant de la scène le sujet de la rénovation énergétique de nos logements - Interview de Myriam Maestroni, Présidente d’E5T et d’Économie d’Énergie.


Le confinement n'a pas fait baisser la pollution atmosphérique autant que l'on aurait pu s'y attendre, car elle vient en grande partie du chauffage de nos logements. Alors d'un logement français sur deux consomme trop, la relance ne doit pas oublier le sujet de l'efficacité énergétique.


Atlantico : En quoi la crise liée à l'épidémie de Covid-19 pourrait être un accélérateur de la prise de conscience de l'importance de l'efficacité énergétique de nos logements ?


Myriam Maestroni : La première chose intéressante est de constater que les conditions du déconfinement mobilisent fortement les acteurs économiques. On a deux écoles aujourd'hui : ceux qui continue à penser que tout ce qui concerne la transition énergétique, écologique et solidaire, est plutôt un obstacle à la relance ; et ceux qui au contraire sont d'accord pour saluer la transition énergétique comme un moteur de la rélance dès que le déconfinement le permettra. Il y a eu ce fameux courrier du Medef demandant un moratoire sur les grands textes réglementaires qui accompagnent la transition énergétique, et a contrario il y a un certain nombre de tribunes favorables à cette transition énergétiques, produites par des sociétés de toute nature, et il comprit des PME. Il est d'ailleurs intéressant de rappeler que dans notre pays la question des PME et PMI est d'actualité car cette catégorie d'entreprises est sous-représentée par rapport à nos voisins italien, allemand et anglais.


Il faut rappeler que la transition énergétique, c'est la construction finalement d'un nouveau paradigme éco-énergétique qui a vocation à faire face au changement climatique, encore trop souvent vu comme pas forcément suffisamment motivant pour faire des investissements. Et ce, malgré des rapports de plus en plus nombreux et des preuves qui s'accumulent sur la réalité de ce réchauffement climatique et des coûts qui en découlent. Ces coûts seront supérieurs aux investissements à réaliser pour lutter contre le changement climatique.


Cette transition énergétique comprend plusieurs sujets. Le premier est la décroissance et si possible la disparition des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel). Le second est l'accélération des énergies renouvelables - et on sait que notre pays est en retard sur leur développement. Enfin, ce qui concerne les technologies nécessaire au bon développement et fonctionnement des énergies renouvelables et notamment le stockage.


Au-delà de ces sujets, il y a également l’efficacité énergétique. Et en fait, dans notre pays et en Europe en général, l'efficacité énergétique est un enjeu majeur car même si on arrive à accélérer les énergies renouvelables et à les stocker, la première des conditions est de réduire nos consommations. Non pas les réduire pour faire des sacrifices, mais en améliorant les conditions de vie. Aujourd'hui, près d'un tiers des émissions de CO2 provient du logement. Nos logement aujourd'hui en France sont largement surconsommateurs d'énergie et il faudrait diviser par 7 en moyenne leur consommation. Cela est connu depuis 2006, quand a été rendu obligatoire le Diagnostic de performance énergétique (DPE). Quand un logement construit neuf avec la réglementation applicable actuellement consomme moins de 50 kilowatt-heure par mètre carré et par an, un logement classé G sur son DPE va en consommer plus de 450 kilowatt-heure par mètre carré et par an, soit un rapport de 1 à 9.


La crise actuelle a-t-elle un impact sur ce sujet ?

Au cours des dernières semaines, les chantiers de rénovation énergétique se sont retrouvés stoppés et des nouvelles conditions de protection active ont été mises en place, notamment avec des masques et des distances entre les opérateurs. Mais nous n'avons pas encore la complète certitude de pouvoir toutes les réaliser, même si les travaux repartent. Il y a donc eu une mobilisation des artisans et de l'ensemble des agents économiques impliqué dans l'écosystème de la rénovation énergétique pour demander des aides.


Alors, il faut aider ces agents, mais cela ne suffit pas. Il faut en effet soutenir la demande du côté des consommateurs. Car si ces travaux ne sont pas promus, ils ne se font pas. Le coronavirus est-il une preuve par l'exemple que cette rénovation énergétique est primordiale ? On a par exemple vu que la pollution, malgré le confinement, a peu baissée car elle est en grande partie due aux logements...


Vous avez raison, et j'ajouterai que lors du confinement, les gens ont pris conscience de l'importance de vivre dans un logement bien isolé. Cela renvoie au sujet du confort, mais aussi du pouvoir d'achat, voire de celui de l'air conditionné car celui-ci est mis en cause dans la transmission de virus. La rénovation énergétique est donc quelque chose dont on ne peut pas se passer, mais on ne se lève pas le matin en pensant à ça. Il y a un marché potentiel naturel : celui des gens qui ont leur chaudière en panne, ou leur chauffe-eau qui explose, ou qui veulent faire des travaux de rénovation de combles... Mais il faut booster ce marché naturel, notamment grâce aux aides. Il y a des aides, comme MaPrimeRénov, la nouvelle prime pour la rénovation énergétique qui a été confiée à l'Anah, mais elles se sont interrompues d'un coup. Il y a un passage à vide pendant lequel aucun dossier n'avance. On espère qu'après le déconfinement la machine va repartir pour approuver ces aides.


Ce discours est-il tenu par les pouvoirs publics ?

Oui, il y a eu des demandes d'un certain nombre d'acteurs et d'associations professionnelles qui demandaient par exemple d'aller récupérer une partie des certificats d'économie d'énergie afin d'alimenter un fonds d'urgence. La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, a refusé en leur disant qu'il y aura d'autres aides pour soutenir l'emploi et qu'allouer des montants qui proviennent de la manne des certificats d'économie d'énergie se ferait au détriment du soutien à la demande, qui est très important. Il y a donc eu des réactions des pouvoirs publics, mais ils ne sont pas encore au niveau que l'on pourrait prétendre, sachant que nous avons dans notre pays 15 million de logement en surconsommation. Au niveau européen, on parle de 100 million de logement en consommation.


Ce qui est à noter, dans le cadre de cette relance de l'efficacité énergétique, c'est qu'une rénovation énergétique d'un logement surconsommateur entraîne une réduction du CO2 et une augmentation du pouvoir d'achat - les ménages en situation de précarité énergétique consacrent plus de 10% de leur budget à l'énergie. Il est aussi évident - et c'est un enjeu majeur dans cette relance économique - qu'on parle d'emplois locaux non délocalisables et de matériaux (chaudières, isolants, ventilations, fenêtres,etc.) qu'il faut produire localement autant que faire se peut.


Un certain nombre d'élus travaillent sur le sujet, mais la prise de conscience n'est pas suffisamment européenne. On a beaucoup parlé de l'Europe de l'énergie, mais cette union n'a jamais existé et aura beaucoup beaucoup de mal à exister du fait de logiques différentes entre pays (la France pro-nucléaire, l'Allemagne anti-nucléaire, la Pologne grosse consommatrice de charbon, etc.). Par contre, cette crise serait un moment idéal pour lancer une politique volontariste sur ce sujet, politique qui est celle affichée sur la feuille de route 2030 de l'UE...


Source : Atlantico Green

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